Veau d'Or

Dans le vocabulaire traditionnel : Amour de l’argent.

On voit cet amour sanctionné par l’Evangile (Mt 6,24); (Lc 16,9.11.13) « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Dictionnaire Larousse : mot araméen qui dans l’Evangile personnifie les biens matériels dont l’homme se fait l’esclave. Parfois assimilé à une divinité).

D’où vient cette assimilation ? Au récit de (Ex 32) il est dit que tandis que Moïse reçoit la Torah sur le Sinaï, Aaron, le frère de Moïse, se laisse convaincre par le peuple qui perd patience et veut retourner en Egypte, de faire un veau (peut-être à l’image de Apis divinité égyptienne sous forme de veau) avec les bijoux des femmes dans le peuple qui attend. D’où l’idée que ce veau était en or. 
L’expression veau d’or ignorée de l’Ancien Testament vient de cette mise en scène reprise par les chrétiens qui y voient l’image de Mammon.


1 - La première mention historique de ce veau se trouve chez Osée (Os 8,4-6). « De leur argent et de leur or ils ont fait des idoles afin qu’elles soient détruites. Ton veau, Samarie, je le repousse. C’est un artisan qui l’a fabriqué ? Lui il n’est pas Dieu. Oui, le veau de Samarie s’en ira en flamme. »

On est à l’époque d’Achab. Le pays est riche et en paix. Le royaume du Nord (Samarie) est puissant et, par le mariage d’Achab et de la reine phénicienne Jézabel, acquis à la dévotion de Baal depuis le sanctuaire de Dan (frontière Nord) jusqu’à celui de Béthel (frontière Sud avec le Royaume de Juda). 


2 - Après la chute de Samarie (-722) c’est Ezéchias qui va le premier regrouper à Jérusalem les sanctuaires du Nord et du Sud (2 R 18) et c’est Josias qui en fera un temple qu’il inaugurera à Pâque (2 R 22s). On parle alors des « veaux » de Dan et de Béthel. Le veau est alors non pas une divinité mais le socle de la divinité. Jérusalem avait ce socle dans l’arche d’Alliance et le Nord l’avait dans ces veaux (marqués de baalisme) à Dan et Béthel. De ce fait :
- Le Sud rappelle sous Josias le souvenir de Dan et Béthel (ce dernier devenu mirador assyrien après (-722) ; (2 R 23,15) et (1 R 12,32) ; (1 R 13,1.2) ; (1 R 13,32) pour stigmatiser Jéroboam et tout le Nord dans l’idolâtrie du Baal. 



3 - Josias rassemble les traditions des sanctuaires du Nord et du Sud qu'Ezéchias a regroupées à Jérusalem. Il reprend dans les mémoires les traditions ancestrales pouvant donner une unité aux deux populations du Nord et du Sud. En (1 R 12,32) ; (1 R 13,1.2.32) les veaux de Dan et Béthel deviennent les lieux de culte résultant d’une division d’un royaume du Nord et du Sud supposé unifié au temps de David et leur destruction survenue sous Ezéchias est ainsi programmée par les prophètes et annoncée encore plus lointainement dans la tradition du Sinaï écrite par Josias. Cela donnera une première version de (Ex 32).

Dans le flashback dynastique de Josias, Ezéchias devient David et c’est son fils Manassé qui grâce à ses richesses (de collaboration avec les Assyriens) a permis l’édification du Temple que finalise Josias.


4 - Au retour d’Exil, avec les prêtres du nouveau Temple, on complète le récit du veau sinaïtique par la destruction des première tables de la Loi précédant le récit de l’adoration du veau et suivi d’un second don des tables de la Loi. Cette dernière version des tables (Ex 34) est ancienne, ce qui permet d’antidater encore le premier don au Sinaï ((Ex 20,1-21) qui est en fait le dernier rédigé, mais qui inclut (Ex 23,14-19) qui est le code liturgique le plus ancien dans l’ensemble du code d’Alliance ancien). C’est le même procédé rédactionnel que celui qui écrit (Gn 1) (récent) avant (Gn 2-3) (plus ancien) pour coiffer ce dernier tout en lui donnant antiquité.
- Le calendrier liturgique de (Ex 34,18-26) (plus récent que (Ex 23,14-19) archaïque car les fêtes n’ont pas encore leur nom biblique), deviendra la seconde mouture des tables de la Loi entièrement cultuelle après que Moïse ait cassé les premières tables à la suite de (Ex 32), version relue. Le prêtre Aaron est ainsi pardonné. Il n’y a plus de roi.

- Néhémie (Ne 9,16-21) au moment où l’on reconstruit le second temple détruit durant l’Exil, l’appelle « veau de métal fondu » et en fait un résumé théologique.



5 - Dans le Nouveau Testament « Mamônas » (Dictionnaire Larousse : mot araméen qui dans l’Evangile personnifie les biens matériels dont l’homme se fait l’esclave) ne désigne pas le veau d’or mais simplement l’argent (Mt 6,24) ; et « Mamônas adikias » l’argent injuste (Lc 16,9.11.13). 

L’insistance sur l’or dans le « péché des veaux » vient du fait que l’on a perdu la signification du veau comme piédestal de la divinité Baal ou image de Apis en Egypte. C’est une métaphore moralisante du texte biblique courante dans les milieux populaires.

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