Daniel

Le livre de Daniel

 

Daniel : Il recevra à Babylone le nom de Beltshassar. Ses compagnons Hananya, Mishaël et Azarya y deviendront Shadrak, Meshak et Abed-Nego (1,7). Son nom Dani-El signifie : «  mon juge, c’est Dieu ». Daniel sortira vainqueur des confrontations qui jalonnent tout son livre : D’abord avec Nabuchodonosor (Babylonien, 6°s.), puis Belshassar (fils de Nabonide Babylonien), puis Darius, (successeur de Cyrus,  Perse, 5°s), puis,  après Alexandre (4°s), Antiochus Epiphane (2°s). Daniel et ses compagnons parcourent sans vieillir cette grande fresque historique de 4 siècles. Cette profession de foi au rétroviseur, antidatée de plusieurs siècles (du 6°s. au 2°s.) est celle d’un auteur affronté à la persécution d’Antiochus Epiphane (-167). La Sagesse de l’homme de Dieu qui survole l’histoire montre au roi persécuteur qu’il y a eu des grands rois avant lui qui ont reconnu le Dieu d’Israël. Et les fidèles ont devant les yeux des images fortes qui montrent comment Dieu délivre de la mort tous ceux qui y sont affrontés dans le martyre.

 

Le but de la première partie du livre (1-6) est d’encourager les fidèles à respecter les codes alimentaires comme l’ont fait Daniel et ses compagnons. Elevés à la cour, ils pratiquent à l’avance les interdits alimentaires édictés au 2° s. dans la période des martyrs tels qu’ils sont décrits en (2 M 6,18-31). Ils refusent la nourriture profane du roi (Dn1) et leur fidélité à la Torah leur donne de communier à la sagesse prophétique de Dieu, bien supérieure aux pratiques magiques et divinatoires de leurs contemporains du 6°s. :

·        Songe de la statue (Dn 2 au temps de Nabuchodonosor) ;

·        songe du grand arbre (Dn 3,98 à 4 au temps de Nabuchodonosor également)

·        Ecriture sur le mur (Dn 5 au temps de Belshassar et Nabonide).

 

Les lecteurs doivent aussi refuser d’adorer les autres dieux ou leurs effigies, au péril de leurs vies. Ces pratiques valent pour tous les temps de persécution, que ce soit à Babylone, chez les perses ou sous Antiochus Epiphane.

·        Ils refusent d’adorer la statue érigée par Nabuchodonosor, ils seront jetés dans la fournaise. Mais Dieu délivre de la fournaise (Dn 3,1-97 Nabuchodonosor, 6°s.)

·        Ils adressent leur prière à un autre dieu que celui de Darius, ils seront jetés dans la fosse aux lions. Mais Dieu délivre de la fosse aux lions (Dn 6 Darius, 5°s.).

·        A chaque fois le dieu de Daniel est proclamé comme un Dieu vénérable par le roi ennemi. Les différentes mises à l’épreuve de Daniel seront autant de lieux où se révèlera la supériorité du monothéisme d’Israël

 

La deuxième partie du livre 7-12

 

C’est en Dn 12, à la fin de cette 2° partie, que la Bible exprime pour la première fois la croyance en la Résurrection. Comme en 2 M 7 le cadre est celui de la persécution d’Antiochus Epiphane et du martyre. Le fidèle croit que, si YHWH est le seul Dieu du ciel et de la terre et également un Dieu d’Amour et d’Alliance, il ne peut pas ne pas recréer,  en Lui, celui (le fidèle) qui répond à son amour jusqu’à Lui donner sa vie.

2 M 7,28 le formulera dans la confession de foi de la mère qui voit mourir ses 7 fils et les encourage parce que le Dieu « qui a fait tout de rien » les reprendra en Lui. Le livre de Dn le formulera en 12,2s.

 

Cette seconde partie du livre de Daniel, après les combats de cour des 6 premiers chapitres, qui montrent la supériorité du Dieu de Daniel, s’ouvre sur  un ensemble de visions du prophète :

 

En l’an 1 de Belshassar (fils de Nabonide 6°s) :

·      Vision des 4 bêtes sur la mer  (Dn 7).

1.      - Le Lion à ailes d’aigle (Babylone, dont le roi Nabuchodonosor a un cœur d’homme).

2.      - L’ Ours (Mèdes).

3.      - Le léopard (la Perse)

4.      –les 4 bête à 10 cornes (Alexandre et les dix successeurs séleucides). Avec une petite corne (Antiochus Epiphane).

·      Vison du Vieillard (Dn 7,9-12)

·      Un Fils d’homme va vers lui (Dn 7,13) ….ce sont les saints du Très Haut (Dn 7,18) Il est intronisé avec lui et est servi par les peuples (Dn 7,14)

·      Interprétation par l’ange (Dn 7,15-28) :

1.      Les 4 bêtes jusque Antiochus

2.      puis persécution 3 ans 1/2

3.      puis Royauté du peuple des martyrs. Les martyrs remontent en Dieu et forment avec Lui le Fils de l’Homme qui siège à côté du vieillard pour juger tous ceux qui les ont persécutés.

On est vers -164 car on ne sait encore rien sur la mort d’Antiochus.

 

En l’an 3 de Belshassar (6°s.) :

·        Vision du bélier et le bouc (Ch 8). Le bélier évoque les conquêtes des Perses (Dn 8,3-6)

·        Puis de l’occident vient le bouc (Alexandre 333) (Dn 8,6-8)

·        Puis la petite corne d’Antiochus se lève jusqu’au ciel en persécuteur (Dn 8,9-14)

·        Puis Gabriel interprète la vision : les mèdes et les perses seront écrasés par les grecs qui voudront détruire Israël mais il sera vaincu

 

En l’an 1 de Darius (5°s.) les 70 semaines (Ch 9)

·        Reprise de la prophétie de Jérémie 25,11-14

1.      Ce sont nos péchés qui ont détourné ton Amour de nous (Dn 9,4-16)

2.      Supplication (Dn 8,16-21).

·        Gabriel donne intelligence à Daniel : La prophétie de Jérémie concerne la fin des temps : 62 semaines de 515 (2°temple) jusqu’à Antiochus et mort d’Onias III en 170 (Dn 9,26). Cessation du culte de 167-164.

 

En l’an 3 de Cyrus (5°s.) roi de Perse

·        Vision par Daniel pénitent (Dn 10,3) de l’homme vêtu de lin (Cf. Paul à Damas)

·        Apparition de l’ange (Dn 10,9) Michel contre le roi de Perse (10,13)

·        Un Fils d’homme (Dn 10,15) contre Yavan (grec). Interprétation :

1.      Alexandre 4°s. (11,3s) ;

2.      Ptolémées et Séleucus 3°s. (Dn 11,5-10)

3.      Antiochus III, Panion -198 ; Cléopâtre, Scipion, Héliodore (Dn 11,11-21)

4.       Antiochus IV épiphane (divinisé) (175-164)Pillage du temple (-169) Abomination (-167) Martyre ; mort ignorée (Dn 11,21- 45)

 

En ce temps-là se dressera

·        Michel (Dn 12) Résurrection pour la vie éternelle ou l’horreur éternelle

·        L’homme vêtu de lin interprète les temps de la fin chiffrés  en équivalent de 3 ans ½  après -167,  soit -164 (qui serait la date de la publication du livre).

 

Conclusion

 

Si Dieu peut transfigurer le martyr et le reprendre en lui, le chemin inverse doit aussi pouvoir se penser, à savoir que Dieu puisse transfigurer suffisamment l’homme par son pardon pour qu’il puisse y faire sa demeure sans rien perdre de sa Gloire.  A partir de cet acte de foi, la venue du « fils de l’homme » en notre humanité est envisageable. Elle nécessite le pardon manifesté par cette venue, lequel est indispensable à la transfiguration de la chair que Dieu doit opérer dans l’homme pour pouvoir s’y incarner. Une partie de l’apocalyptique juive pouvait envisager cette venue avant la fin des temps. Et le judaïsme officiel, n’attendant cette victoire de l’Amour que pour la fin des temps, pouvait l’admettre comme une variante de sa foi sans y adhérer obligatoirement. Il pouvait respecter cette éventualité qu’il ne partageait pas. Encore fallait-il pour les juifs du courant apocalyptique qu’ils la reconnaissent accomplie en Jésus. 

Les publications de référence :

les_seuils_de_la_foi

Editions Parole et Silence et Université Catholique de Lille

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